Témoignages d’étudiants et de parrains

Lettre d'une étudiante

                                                        Nebaj Quiché –  Guatemala, 1er décembre 2012

Estimés Parrains,

Chers parrains, je vous envoie dès maintenant un cordial salut dans lequel je vous exprime ma gratitude et tous les bons vœux que je désire pour vous.

En cette dernière lettre de l’année, je voudrais vous raconter les expériences et tout ce qui m’est arrivé au cours de cette année.

Je dois vous dire que les événements qui ont eu lieu au niveau national dans le pays [troubles sociaux dus à la corruption et à la répression entretenues par le nouveau gouvernement du Général-Président Pérez Molina] ont affecté toute la population et tous les établissements d’éducation, spécialement les Ecoles Normales. Une succession sans fin de problèmes qui forcèrent à se motiver la population qui devait les affronter.

Je vous raconte ceci parce que, dans mon établissement, tous donnèrent leur avis en tenant compte du bien-être de tous. Eurent lieu des débats et des dialogues au sujet de ce que devrait être le bien de tous. Et je me suis rendu compte qu’il existe vraiment  des gens qui, connaissant tous les dangers qu’ils peuvent rencontrer, malgré cela vont de l’avant, comme ceux qui prennent l’initiative d’organiser une manifestation pour faire valoir leurs droits.

Ces événements s’avérèrent de grande importance au point que parfois ils devenaient le thème des cours. C’est la raison qui nous a motivés à regarder en avant, c’est-à-dire continuer, et j’écoutais mes compagnons dire qu’un jour notre pays irait de l’avant si tous nous avions une vision démocratique. Finalement, ce fut un déluge de discussions au sujet de notre pays.

Je dois vous dire que j’ai eu aussi plusieurs difficultés cette année. On dit que chaque année que nous avançons, plus durs sont les cours. Mais en fait, cela m’a encore plus motivée et finalement j’y suis arrivée et j’ai terminé cette autre année de manière satisfaisante. C’est ce je peux donner en échange des efforts que vous faites pour que je puisse continuer.

Ce qui me tracasse est que bientôt je serai citoyenne et cela m’effraie un peu. Mais je pense parfois que ça doit être ainsi, dans la mesure où je suis motivée pour obtenir un changement, petit ou grand, dans mon pays.

D’avance je vous souhaite toutes sortes de joies et une foule de bonheurs, en attendant l’an nouveau pour nous mettre en communication. Heureuses fêtes !

 

Extrait d’une lettre d'une autre étudiante

Par cette lettre, je vous partage ce que j’ai vécu concernant mes études et ma famille.

Ma vie a été très dure, mais, grâce à Dieu, j’ai pu aller de l’avant dans mes études.
J’ai dû travailler dans les champs qui sont près de chez mes parents pour avoir ce qui est nécessaire pour la maison.

J’ai beaucoup de frères et sœurs. Ils n’ont pas pu étudier faute d’argent. Mon père ne pouvait pas leur en donner pour étudier.

Quand j’ai commencé les primaires, c’est à peine si mon père a accepté car il disait qu’il n’avait pas d’argent. Moi j’avais vraiment le grand espoir d’étudier alors j’ai insisté pour qu’il m’aide et, grâce à Dieu, il fut d’accord à la condition que je travaille toujours avec lui dans les champs. J’acceptai cette condition mais quand j’ai eu terminé les primaires, la même chose se représenta. Mon père me dit que je n’allais pas faire les études de « basico » parce que c’était plus cher. Je le suppliai pour qu’il m’aide à nouveau et il me répéta les mêmes paroles  c'est-à-dire que je devais l’aider aux champs. J’acceptai. Mais là, je me rendis compte que ce n’était pas facile d’étudier et de travailler aux champs avec mon père.

Quand j’ai terminé mes études de basico, j’avais le grand espoir de continuer en « diversificado ». Un jour, mon père m’a dit que je n’allais plus étudier. J’ai pleuré en pensant à ce que serait ma vie, et, à un moment, j’ai eu le courage de prier mon père pour qu’il me donne une dernière chance de poursuivre mes études. Mais, malheureusement, c’était trop tard : les Centres Educatifs nationaux avaient déjà fermé et on ne pouvait plus s’inscrire. A ce moment-là, j’ai perdu mes illusions en pensant que je ne pourrais pas continuer à étudier. Mais j’ai cherché d’autres Centres Educatifs. J’allais seule en cherchant où étudier car mes parents ne savent ni lire ni écrire. J’étais si seule que j’ai demandé à un enseignant de m’aider. Merci à cette personne qui m’a aidée à chercher où je pourrais étudier. Il y avait les Collèges. J’allai à 3 Collèges mais je me désespérais car ils ne m’acceptaient pas. A la fin, nous avons été à un Collège qui m’a donné une chance d’étudier. Quand j’ai dit à la directrice que je ne pourrais pas payer mes fournitures car c’était si cher qu’il vaudrait mieux ne pas m’inscrire,  elle m’a répondu que je pouvais étudier, payer la moitié des fournitures et fournir un peu de travail en échange pour l’autre partie. Pendant ces 2 années d’études, j’ai dû demander à être hébergée par des personnes pauvres car ma maison est loin du Collège.
Maintenant, les cours reprennent et tout a changé pour moi. La directrice a changé. On me dit que je ne peux plus étudier comme avant, maintenant je dois tout payer. J’arrive en 6ème magisterio et je me sens désespérée parce que mes parents moins que jamais ont la force de m’aider parce qu’ils sont tombés malades. Pour cela, je demande que vous me compreniez.

Présentation de l'histoire d'une troisième étudiante

Elle est parrainée depuis les années 1990.

Elle est une des dernières boursières dites "orphelins de la répression"(cfr historique du SIG). En effet, son père a dû se réfugier au Mexique lors de la guerre civile en 1984.

Le reste de sa famille a fui aussi leur terre natale " Le Quiché" pour s'installer à Xela (Quetzaltenango). Ils ont échangé leurs habits traditionnels de Santa-Cruz del Quiché contre celui de Xela afin de se confondre dans la population.

Elle étudiait ses primaires à l'époque. Le papa ne donnant plus de nouvelles pendant de longues années (plus de 10 ans), sa maman a assumé seule les charges. Elle ne savait pas s’il était mort ou pas.

Après les accords de paix de 1996, de nombreux réfugiés sont revenus du Mexique. Beaucoup d'hommes avaient refait leur vie.

Le papa, lui, est revenu auprès de sa femme et de sa fille. Il a été profondément marqué par la guerre à tel point que des troubles psychiatriques sont apparus. Ceci l'a empêché de trouver un emploi stable pendant longtemps. Actuellement, il enseigne dans un institut mixte.

Pendant toutes ces années,  elle s'est efforcée d'étudier au mieux avec de très bons résultats dans toutes les matières.

Cet éclatement et déracinement familial lui ont valu néanmoins de grosses difficultés lors de son choix à l'université. A cette époque sa maman est retournée travailler dans le Quiché. Elle revenait le WE à Xela. Elle s'est retrouvée seule avec son père souffrant de schizophrénie. Elle a commencé deux années d'agronomie mais rapidement de gros problèmes psychologiques l'ont anéantie.

Elle s'est fait aider, a suivi une thérapie. Le diagnostic d'anorexie est tombé. Suite à cette épreuve, elle en a fait son choix professionnel en étudiant la psychologie.

Elle est une femme active dans sa communauté et dans le SIG dont elle fait partie du comité depuis l'année dernière.

Elle présente sa thèse cette année et obtiendra le titre de licenciée en psychologie.

Pour financer ses études, elle reçoit l'aide du SIG, elle a travaillé comme vendeuse dans une petite épicerie. En ce moment, elle donne cours en secondaire inférieur dans un  collège.

Son rêve est de pouvoir aider de jeunes adolescentes en difficulté.

La famille a trouvé une stabilité et vit actuellement à Santa-Cruz del Quiché (région d'origine).

Elle a une petite soeur de 8 ans.

 

Témoignage d’une marraine

Jocelyne et Luc N. parrainent dans le groupe Xela/Mam.

Jocelyne a donné son témoignage ce 15/7/2013.

o   Qu’est-ce qui a fait que tu as démarré un parrainage  pour un jeune du Guatémala ?

o   J’ai été invitée à un souper du Sig par une amie. Suite aux informations reçues,  j’ai pris conscience de la discrimination faite aux Mayas dans leur propre pays. C’est une injustice que le Sig essaie d’atténuer en offrant à des jeunes des bourses d’études.
Je suis aussi sensibilisée aux problèmes d’éducation par mon métier d’enseignante. C’est ainsi que j’ai décidé de parrainer une étudiante. Je sais aussi que les dons que je fais sont consacrés totalement aux jeunes parce que je connais les organisateurs et qu’ils font  partie d’une ONG reconnue.

o   Parle-moi de tes filleules.

o   De 2000 à 2007 mon mari et moi nous avons parrainé Maria Magdalena. Elle faisait les études d’institutrice puis elle a fait une licence en mathématique.
De 2008 à maintenant, nous avons soutenu les études d’Angela Maria. Après les études d’institutrice, elle a continué une licence en pédagogie ce qui lui permettra d’enseigner dans le secondaire.. Elle est en dernière année. Elle partage beaucoup à travers ses lettres. Dans sa famille, ils sont nombreux : 2 garçons et 5 filles. Ils ne pouvaient pas poursuivre des études faute d’argent. Angela participait aux travaux des champs avec son père.

o   Avez-vous des contacts ?

Oui, je reçois une lettre et un bulletin 1 à 2 fois par an. Parfois il y a aussi des photos.
Moi aussi, j’ai envoyé des photos et nous échangeons des nouvelles de nos familles.
Ma grande satisfaction, c’est de savoir que, grâce à cette formation, ils trouvent un travail en rapport avec leurs études. Ca va leur permettre de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille et de s’épanouir personnellement. Pour le moment, je n’ai pas beaucoup de disponibilité mais je serais ravie de rencontrer un jour mes anciennes filleules !

Le SIG

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SIG (Solidarité avec les Indiens du Guatemala) SOLIDARITE INDIENS GUATEMALA
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