L’état actuel du Guatemala

Voici la manière dont un ex-boursier du SIG, étudiant diplômé de Sciences Politiques, décrit la situation du Guatemala.

Les grandes entreprises

Elles servent à enrichir quelques privilégiés au lieu de rendre service à la population. Leurs dirigeants violent les lois et foulent aux pieds les droits des  personnes et des populations mayas, manipulent l’opinion publique, corrompent députés et fonctionnaires pour s’assurer des bénéfices et échapper à l’impôt.

Exemples récents :

  • Les entreprises hydro-électriques (nombreux barrages sur les cours d’eau de montagnes) : en soi, elles pourraient constituer un élément important de développement durable utilisant des ressources naturelles. Malheureusement, l’électricité se vend surtout à l’étranger, jusqu’aux U.S.A., dans le cadre des traités de libre commerce liant économiquement la région aux Etats-Unis, sans aucune considération sociale ou écologique et sans tenir compte des dommages aux populations maya environnantes, expulsées de leurs terres.

  • L’exploitation intensive des ressources minières (or, argent, nickel) par des compagnies étrangères nord-américaines et canadiennes, auxquelles le gouvernement guatémaltèque octroie des licences sans consulter la population maya locale. L’accaparement de l’eau et la contamination de la nappe phréatique par le cyanure est source de maladies et stérilise la terre. Les agents de sécurité des compagnies maltraitent et terrorisent la population.

  • Une cimenterie installée en milieu rural maya non loin de la capitale, par ses émanations de poussière  toxique, est cause de sérieux problèmes respiratoires dans la population voisine, surtout chez les enfants. Mais le gouvernement défend les intérêts de l’entreprise et réprime le peuple qui s’organise pour faire respecter ses droits.

L’économie des zones rurales

On constate un nouveau mouvement de concentration des terres cultivables dans les quelques zones qui restaient libres pour les communautés indigènes, qui les cultivaient depuis des générations. De grandes entreprises agro-industrielles commencent à défricher des terres indigènes pour y installer des monocultures produisant des agro-carburants : la canne à sucre (éthanol) et le palmier à huile (bio-diesel). D’où de nouveau : déforestation, déplacement forcé des populations mayas qui n’ont plus la possibilité de produire leur nourriture, alors que le prix des denrées alimentaires ne cesse de monter. Les protestations sont contrées par des  agences paramilitaires de sécurité : menaces, arrestations illégales et même meurtres.

Pouvoir économique et politique des narcotrafiquants et du crime organisé

Comme le Mexique, le Guatemala se trouve sur le trajet de la drogue entre la Colombie et les U.S.A. D’où la multiplication des organisations mafieuses de narcotrafiquants, avec leur cortège de corruption, affrontements armés de bandes rivales, multiplication des violences et assassinats. Le pouvoir politique profite de cette situation pour réinstaller des détachements militaires dans les départements du Nord, précisément où se multiplient les grandes entreprises privées qui spolient les populations (mines, entreprises hydro-électriques et agro-industrielles).

Violences et assassinats quotidiens

En conséquence de la désagrégation du tissu social et de la misère croissante, la violence, les rackets, les enlèvements, les attaques à main armée (jusque dans les bus), les assassinats font maintenant partie du quotidien. Plusieurs étudiants ou anciens boursiers du SIG (ou leur famille) en ont déjà été victimes. On peut craindre, comme dans les années 1980, une stratégie du pouvoir économique et politique pour éliminer systématiquement les leaders, ou les leaders potentiels. Et le désir des jeunes Mayas d’étudier, d’acquérir des compétences, d’arriver à des postes de responsabilités, risque d’apparaître comme une menace pour les pouvoirs intéressés à spolier des communautés mayas sans défense. Le climat de violence généralisée donne ainsi l’occasion à ces pouvoirs de renforcer les forces répressives.

Les élections de septembre 2011

C’est dans ce climat que commence la période pré-électorale. Bien que, légalement, la campagne électorale ne soit pas encore ouverte, les partis saturent déjà les espaces publics, la télévision, la radio et l’internet. Les sanctions prévues sont inefficaces. On prévoit une campagne très violente qui vise à exacerber l’insécurité, terroriser la population et l’amener à élire un pouvoir fort, de préférence un général à la poigne dure. On parle déjà de corruption, non seulement de gens pauvres (indigènes ou cultivateurs) dont il est courant d’acheter les voix, mais aussi de fonctionnaires de la Cour Constitutionnelle. Les intérêts des grandes entreprises, des narcotrafiquants et du crime organisé se confondent et mettent en danger l’exercice citoyen de la démocratie.

C’est une raison de plus pour continuer votre appui à l’éducation des jeunes, et spécialement celle des femmes.

Le Guatemala

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