La culture Maya contemporaine

Nous ne sommes pas des mythes du passé, des ruines de la jungle ou des zoos. Nous sommes des gens et nous voulons être respectés, et non victimes d’intolérance ou de racisme.

Rigoberta Menchú

La population guatémaltèque est diverse : on distingue : les ethnies indigènes, d’une part, et les ladinos (métis ou descendants des colons espagnols) minoritaires mais confisquant tous les pouvoirs. Une petite population noire subsiste sur la côte atlantique près de Livingston. Les ethnies indigènes comprennent majoritairement les Mayas (les Garifunas et les Xincas, peu nombreux, appartiennent à d’autres ethnies). On peut affirmer que plus de la moitié des Guatémaltèques sont descendants directs des populations mayas asservies par la colonisation espagnole, vivent une culture originale héritée de leurs ancêtres, et sont méprisés, discriminés et exploités par le pouvoir ladino, qui les qualifie comme indios, indigenas ou naturales.

L’Accord sur l’Identité et les Droits des Peuples Indigènes signé à la fin de la guerre civile, en 1996, promettait un Guatemala pluri-ethnique, pluri-culturel et multilingue. En fait, cela n’est jamais passé dans la Constitution du pays. Les Mayas restent des citoyens de seconde zone malgré quelques avancées notamment dans le domaine de l’éducation. Quelques députés mayas siègent au Parlement, mais sous la couleur de partis ladinos dont l’objectif n’est pas la défense des droits indigènes. Les Mayas doivent encore lutter pour faire respecter leurs droits et leurs valeurs. Malheureusement, les nombreux mouvements mayas de résistance ont encore fort à faire pour réaliser une action unifiée. Le problème n’est pas tant la division entre les 22 ethnies mayas que le choix entre un nationalisme maya intransigeant, parfois « intégriste », et la primauté de la lutte des classes avec comme conséquence l’alliance avec des mouvements ladinos de gauche.

Néanmoins, depuis la fin de la guerre civile, un fort mouvement de renaissance de la culture maya est en train de se diffuser : le coude à coude des temps difficiles a rapproché les ethnies et les traditions (la costumbre). Les Mayas s’intéressent de plus en plus aux nouvelles sources de connaissance de leur culture : l’archéologie, le déchiffrement de l’écriture, la publication des codex encore existants, l’étude des ouvrages transmis au fil des générations, comme le Popol Vuh et d’autres, tout un frémissement qui va s’amplifiant. Les mouvements mayas prennent conscience de la valeur de leur culture (estime de soi) et prennent aussi leur indépendance vis-à-vis de la mainmise exercée sur leur culture par le folklorisme commercial et les religions importées (catholiques et protestantes), même s’ils se sentent très libres de pratiquer une autre religion à côté de leur religion ancestrale.

L’homme de maïs

Ixmucane fit alors, en écrasant les épis jaunes et les blancs, neuf sortes de boissons, et de cet aliment proviennent la force et la graisse, et avec elles ils créèrent la musculature et la vigueur de l’homme. Dans la chair de nos premiers parents, il n’y avait que de la pâte de maïs.

 C’est ainsi que le Popol Vuh, le livre sacré des Mayas, décrit la création des « hommes véritables » Maya-Quichés, au début du quatrième âge. Et vraiment, le maïs constitue le centre de la vie des Mayas. C’est la plante sacrée par excellence, l’aliment de base dont ils tirent leur forme physique et spirituelle, et dont les semailles, l’entretien, la récolte, la conservation rythment l’année.

Et sa préparation sous forme de galettes (tortillas) ou de pâte cuite enveloppée dans des feuilles, condimentée et enrichie de viande les jours de fête (tamales), ou encore de boisson (atole), occupe une grande partie de la journée de la femme maya. Et près de la maison se trouve le lopin de terre où le maïs est semé (la milpa), avec les plantes qui croissent en symbiose avec lui : le haricot (frijol) et la courge (ayote). Empêcher le Maya de cultiver le maïs - ce que la répression génocidaire des années 80 a essayé de faire en le chassant de sa terre et en brûlant sa milpa - c’est le couper de ses racines.

La Madre Tierra

Car le rapport à la terre Mère (la Madre tierra) est un élément essentiel de la « cosmovision » des Mayas. Un rapport aussi mystique qu’utilitaire et qui est basé sur une communion vitale plutôt que sur un rapport de possession. Une longue tradition de gestion communautaire persiste dans certains villages mayas, même si chacun reste profondément attaché à son propre lopin : parcelles communautaires travaillées en commun ou travail commun dans les terres d’un compagnon qui a besoin d’aide. Cette solidarité fraternelle et joyeuse est un des traits les plus sympathiques des communautés mayas. Mais cet aspect rend aussi les communautés vulnérables face à la rapacité de certains ladinos qui se font attribuer par le gouvernement des parcelles occupées depuis des générations par des familles mayas, mais dont elles n’ont pas pris la précaution de s’en faire reconnaître la propriété.

Habitation et structure sociale

Ce rapport à la terre s’inscrit dans l’occupation de l’espace : chaque famille vit sur son champ : toit de chaume, de tuile ou de tôle, murs de terre (adobes), parfois foyer sur trois pierres sans cheminée, ustensiles de terre cuite (et aussi maintenant de plastique !). Les familles proches se regroupent en hameau (aldea). Un centre urbain, le municipio ou pueblo, est occupé par des commerçants ou artisans, en général ladinos, qui contrôlent souvent le pouvoir local officiel (alcalde). Dans les villages mayas, ce pouvoir est doublé par un pouvoir spécifiquement indigène, celui des anciens (caciques) non reconnu officiellement.

Vêtements et coutumes traditionnels

Le vêtement est le signe le plus visible de l’identité maya. Si la plupart des hommes ont pratiquement abandonné leurs costumes traditionnels, la majorité des femmes affichent leur fidélité à leurs traditions. Ces vêtements permettent d’ailleurs au connaisseur de repérer leur origine, chaque localité ayant ses couleurs particulières, pour le huipil (sorte de blouse tissée et brodée) ou pour le corté (jupe portefeuille serrée par une ceinture) ou les châles multicolores ou bien les rubans entremêlés dans les longues nattes de cheveux noirs. Une longue tradition maya de tissage à la main continue de produire cette féerie de couleurs, qu’on peut admirer dans tous les marchés.

Des traditions religieuses anciennes subsistent, plus ou moins discrètement, mêlées à des restes du culte catholique, dans des lieux ancestraux reconnus comme porteurs d’énergie : c’est notamment le cas des sommets des volcans, avec des sacrifices, des encensements au copal (résine sacrée), de tirs de cohétes (fusées), le tout ponctué de chants mayas mais aussi, par exemple, d’hymnes au Sacré-Cœur.

Le lieu de pèlerinage maya le plus connu est l’église Santo Tomás de Chichicastenango, bâtie sur un ancien temple maya, et où se déroulent continuellement des rites mayas à la lumière des chandelles et au parfum du copal. Dans l’église de Santiago Atitlán, on vénère une surprenante idole fumant un cigare, et nommée Maximón, mi-saint mi-démon, ou portrait d’un dieu maya, ou d’un conquistador ou de Judas. Lequel Judas est pendu et brûlé en effigie, au cours de la semaine sainte, dans quasi tous les villages du Guatemala.

Spiritualité Maya[1]

En parallèle avec des rites et les coutumes, un renouveau de la spiritualité maya s’est produit au cours des dernières décennies, en lien avec la prise de conscience d’une identité maya.

Les fondements de la spiritualité maya sont : la nature – la personne – Dieu Formateur et Créateur. La relation étroite entre ces trois éléments engendre une profonde harmonie. La personne est une partie de la création, elle n’est pas supérieure aux autres êtres parce que tous ont une fonction, une raison d’être et d’exister. Par conséquent, tout ce qui existe est sacré car cela vient du Créateur. Si l’un de ces éléments se détériore, un déséquilibre se produit dans le cosmos et dans la vie des personnes. C’est pourquoi la personne a la tâche de veiller constamment à l’équilibre cosmique. Sinon elle s’autodétruit.

L’expression de la spiritualité maya dans ses cérémonies cherche à retrouver l’équilibre, parce qu’on communique avec l’Ajau (Maître, Seigneur), avec la nature et avec les personnes. La croix maya ou cosmique (dont les bras sont dirigés vers les quatre points cardinaux) est la prière de communion, où  sont exprimés, d’un côté le rêve de Dieu, l’équilibre, mais aussi la recherche de l’harmonie personnelle, familiale et sociale. De là la vision du monde, les six bougies, les couleurs, l’offrande etc. La prière maya s’exprime à partir de la connaissance et de l’expérience des énergies cosmiques. L’application des forces des points cosmiques dans notre vie sert à atteindre l’équilibre entre les énergies positives et négatives. C’est la tâche des prêtres (guides spirituels) mayas, hommes et femmes, de guider les personnes dans cette démarche.

Les calendriers mayas :

a) le calendrier sacré résulte des études - réalisées par les ancêtres - des mouvements de la lune et de la personne dans le sein maternel. Dès la conception et la naissance, la personne arrive avec ses nahuales (totems accompagnant la personne au cours de la vie, correspondant au jour de sa naissance) qui remplissent des fonctions spécifiques sur sa manière d’être, de penser et d’agir. Le calendrier rituel comporte 260 jours,  répartis en 13 mois de 20 jours.

b) le calendrier solaire et agricole, appelé aussi calendrier civil comporte 365 jours divisés en 18 mois de 20 jours plus 5 jours additionnels. Ces 5 jours ajoutés sont d’une grande importance individuelle et collective, parce que ce sont des jours d’évaluation, de réflexion et de prise de nouvelles décisions.

c) le calendrier long qui décompte les jours sur une période de 5.122 ans divisée en 13 baktuns de 394 ans. Ce calendrier est destiné à la datation d’événements mythiques ou historiques (successions, batailles…).

 Les corrélations entre ces calendriers sont parfaites et attestées par toutes les inscriptions mayas retrouvées.

[La fin du 13e baktun, au 21 décembre 2012, ouvrait une nouvelle ère du calendrier long maya. De fausses compréhensions de cet événement ont donné lieu à une psychose collective de fin du monde qui fut amplifiée par les médias et exploitée par des intérêts mercantiles. Ces rumeurs ont donné de la culture maya une idée fausse et négative].

Fraternité avec la nature:

Tous les êtres de la nature ont des nahuales  ou protecteurs. Les montagnes, les volcans, les sites, les grottes, les lacs, les chemins ont leurs protecteurs. Quand on effectue des activités agricoles, il faut d’abord demander la permission à la Terre Mère et lui faire une offrande. Pour obtenir une bonne récolte, en plus des soins, des nettoyages et des engrais, il faut faire des offrandes à la Terre Mère et aux nahuales des oiseaux, des souris, des taltuzas (taupes) pour qu’ils ne fassent pas de dommages. Pour la culture et la récolte du maïs, diverses cérémonies sont requises.

Les Mayas et les nombres:

Le système utilisé pour la numération est vigésimal (de base 20) et non décimal. (vingt correspond au nombre de doigts et d’orteils que possède l’être humain). Pour l’écriture des nombres et des quantités, on utilise les points (unité) et les barres (valeur 5). Le zéro est représenté par une coquille. Le zéro signifie maturité, justesse, plénitude. Concept abstrait qui veut dire absence de nombres, le zéro facilite aussi bien l’écriture que les calculs numériques.

La maladie et la mort :

La maladie se manifeste en premier dans la vie spirituelle, ensuite dans la vie biologique. Avoir une bonne santé, c’est avoir un équilibre entre le spirituel, le psychologique, le mental et le biologique. Chacun de ces aspects peut produire  des variations positives ou négatives dans l’état de la personne.

Dans le monde maya, la personne fait un tout, elle fait partie de la nature et a une relation profonde avec les êtres vivants, les ancêtres défunts et le Créateur. La relation avec les défunts est quelque chose de très proche de l’humain, comme une prolongation de la vie dans une dimension différente. D’une certaine manière, les défunts forment une communauté avec les vivants. Le jour des morts, les Mayas vont sur la tombe de leurs défunts et partagent un repas avec eux.

Les Mayas et l’enseignement

L’Accord sur l’Identité et les Droits des Peuples Indigènes, signé à la fin de la guerre civile, en 1996, promettait un Guatemala pluri-ethnique, pluri-culturel et multilingue. Certains progrès dans cette direction ont étés réalisés, surtout dans l’enseignement. Auparavant, l’enseignement se faisait en espagnol dès le début de l’école primaire. Les enfants mayas, ne parlant que leur dialecte, mettaient beaucoup de temps pour s’adapter à une nouvelle langue et apprendre à lire et à écrire. Aujourd’hui l’éducation publique compte plus de 6.000 enseignants bilingues qui donnent une partie des cours en dialecte. Une vingtaine d’écoles forment des instituteurs bilingues et mettent à leur programme des cours de mathématique maya et de dialectes indigènes. Mais de grands progrès restent encore à faire : le mépris et la condescendance vis-à-vis de tout ce qui est maya reste encore vivace. De nombreux secteurs de la société n’utilisent que l’espagnol : parlement, administration, police, médecins, hôpitaux… L’enseignement universitaire ne répond pas aux besoins des autochtones : la plupart des universités ne proposent pas de cours favorisant une amélioration des conditions sociales et économiques des Mayas. En fait, l’enseignement universitaire contribue à l’aliénation des élites mayas au sein de leur propre peuple entraînant une fuite des cerveaux de leurs communautés respectives.

 Malgré tous ces obstacles, de plus en plus de jeunes Mayas (hommes et femmes) veulent étudier et servir leur communauté : instituteurs, comptables, informaticiens, infirmières, agronomes, ingénieurs et juristes mayas prennent de plus en plus conscience que « corresponde a los hijos del pueblo levantar a su propio pueblo : c’est aux fils du peuple à développer leur propre peuple ».


[1] Texte inspiré de « Approche de la Spiritualité Maya » de Albina Gaspar (Guatémaltèque Maya), DIAL 2855, 2006.

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